Théorie antifa - Charles Patterson

La brochure "ANTIFASCISME" fournit des clés indispensables pour les antifascistes. Nous reproduisons ici l'article concernant Charles Patterson.

 

charles patterson portrait
Présentation

Charles Patterson est un universitaire américain, qui a travaillé sur les droits civiques aux USA ainsi que sur la destruction de la population juive d’Europe par les nazis.


L’organisation du travail et le nazisme

Patterson n’est pas un spécialiste du fascisme, et tout comme Mosse il ne s’intéresse qu’à un aspect précis du fascisme allemand : le nazisme et le génocide. C’est à cette occasion qu’il a entrevu ce qui est selon lui un lien essentiel entre le meurtre de masse des êtres humains et le meurtre de masse des animaux.


Le nazisme n’aurait pas pu exister sous cette forme destructrice si les abattoirs n’avaient pas eux-mêmes généralisé le meurtre de masse « anonyme » avec les abattoirs industriels. Et ces abattoirs eux-mêmes sont le fruit de la colonisation de l’Amérique, de la gestion des animaux pour les colons arrivant toujours plus massivement.


Dans son étude, Patterson explique ainsi que c’est l’organisation du travail dans les abattoirs qui a inspiré Henry Ford, et que ce n’est pas un hasard si Henry Ford était un antisémite forcené, qui plus est en lien avec l’Allemagne nazie.


Hitler avait un portrait de Ford dans son bureau et le considérait comme un grand chef ; Ford lui-même publiait des pamphlets antisémites à grande échelle et avait aidé à financer les nazis en Allemagne.


Il eut pour toutes ces raisons le « privilège » de recevoir en 1938 la grande croix de l’Ordre suprême de l’Aigle allemand, soit la plus grande décoration nazie pour un étranger. Patterson ne voit aucun hasard et accorde une grande importance à l’influence des USA sur l’Allemagne (Patterson n’en parle d’ailleurs pas mais il est à noter qu’une partie importante du mouvement nazi était pro-américaine et a dominé dans le mouvement nazi de 1933 jusqu’en 1935-1936).

 

Patterson affirme ainsi que :

    « Au cours du vingtième siècle, deux des nations industrialisées du monde, les États-Unis et l’Allemagne, ont tué des millions d’êtres humains et des milliards d’autres êtres.

    Chacune a donné sa propre contribution au carnage du siècle : l’Amérique à donné les abattoirs au monde moderne ; l’Allemagne nazie lui a donné les chambres à gaz. Bien que ces deux opérations fatales aient des victimes et des buts différents, elles ont plusieurs traits en commun. »

 

 

 

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Patterson généralise alors son propos : à partir du moment où l’eugénisme et la sélection naturelle est généralisée au niveau industriel pour les animaux, à partir du moment où les animaux sont considérés comme des objets pour l’espèce humaine, alors il était inévitable que certains groupements d’êtres humains déshumaniseraient certains autres groupes et les mettrait sur le même plan que les animaux.

 

Il rappelle que Georges Cuvier (1769-1832) décrivait les Africains comme « race humaine la plus dégradée qui soit et dont les formes se rapprochent de celles des bêtes », et que de multiples insultes dégradantes et racistes visent à « rabaisser » la personne insultée jusqu’à nier son statut d’être humain.

 

Les nazis pratiquaient ainsi une hiérarchie « raciale » en considérant que les races non « aryennes » étaient proches des animaux.


Un éternel Treblinka

La thèse de Patterson se fonde en fait sur deux piliers. Le premier est ouvertement revendiqué par lui : Patterson se revendique de tout le courant philosophique ayant traversé une partie de la communauté juive et en appelant à la compassion.


Le titre de son oeuvre principale, « Éternel Treblinka », est extrait d’une citation de principal écrivain yiddish de l’après guerre, Isaac Bashevis Singer :

    « En pensée, Herman prononça l’oraison funèbre de la souris qui avait partagé une partie de sa vie avec lui et qui, à cause de lui, avait quitté ce monde. »  Que savent-ils, tous ces érudits, tous ces philosophes, tous les dirigeants de la planète, que savent-ils de quelqu’un comme toi ? Ils se sont persuadés que l’homme, l’espèce la plus pécheresse entre toutes, est au sommet de la création. Toutes les autres créatures furent créées uniquement pour lui procurer de la nourriture, des peaux, pour être martyrisées, exterminées. Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka. »

Isaac Bashevis SINGER, The Letter Writer.

 

Le second pilier n’est pas clairement explicite. Patterson puise en effet chez Adorno l’idée que le fascisme est issu de la victoire de la « personnalité autoritaire », victoire issue de la mise en place de la société industrielle, de la société de consommation.

 

Le fascisme est en quelque sorte la systématisation de la pensée antidémocratique, le triomphe de la figure autoritaire, de la soumission, de la hiérarchie.

 

Cynisme, rapport de forces, croyance en les stéréotypes, pulsions destructrices… en sont les conséquences. Patterson cite Adorno justement pour développer son propos en se fondant précisément là-dessus :


    « Auschwitz commence quand quelqu’un regarde un abattoir et pense : ce ne sont que des animaux. »