La vie colonise les terrils

« La vie n'est pas un phénomène extérieur ou accidentel à la surface terrestre. Elle est  liée d'un lien étroit à la structure de l'écorce terrestre, fait partie de son mécanisme et y remplit des fonctions de première importance, nécessaires à l'existence même de ce mécanisme. Toute la vie, toute la matière vivante peut être envisagée comme un ensemble indivisible dans le mécanisme de la biosphère. » 

Vernadsky


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La composition floristique et faunistique d'un terril va dépendre avant tout de la topographie, mais aussi de ses caractères physiques et chimiques, et de son environnement immédiat.

Quelques paramètres intervenant dans la colonisation du terril :

_La pente : instable après les derniers dépôts, elle est ensuite de 30 à 45 degrés.
_La granulométrie : des gros blocs de schiste ou de grès aux éléments fins argileux et sableux, elle est très variable et évolue avec les intempéries.
_L'orientation : la végétation est différente selon le versant, nord ou sud.
_L'environnement naturel du terril aura un impact sur la rapidité de colonisation.
_La température : elle dépend de la pente, de l'orientation mais aussi de la couleur de la roche (noire).
_La composition : le substrat « terril » est au départ uniquement minéral, et va ainsi conditionner le développement de la végétation.

Tous ces facteurs vont intervenir dans la colonisation végétale du terril et vont permettre d'observer une grande variété de terril, mais aussi sur un même terril, une grande diversité de milieux et d'espèces.
C'est ainsi que plus de 300 espèces de plantes ont pu être observées sur un même terril. D'autre part, les conditions spécifiques du terril ont été favorables à l'installation d'espèces plus rares, voire même inconnues auparavant dans la région. Il s'agit par exemple de l'Oseille à feuilles d'écusson (Rumex scutatus), espèce protégée au niveau régional, du Rosier agreste (Rosa agrestis) classé comme exceptionnel dans la région, ou encore du Chénopode pumilio (Chenopodium pumilio), introduit par l'intermédiaire de l'importation de laines provenant de Nouvelle-Zélande.
Le terril peut également favoriser l'expression de nouvelles formes chez une même espèce, par exemple la Vipérine (Echium vulgare), la Valériane rouge (Centranthus ruber) ou la Saponaire (Saponaria officinalis) présentent par endroit un type à fleurs blanches.

La diversité et l'originalité des espèces floristiques des terrils ont permis d'en répertorier une quarantaine à l'inventaire des Zones Naturelles d'Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF), par exemple, le terril n°37 de Verquin, ou les terrils n°157 et 158 d'Haveluy...Quelques uns ont été classés : par exemple, le terril de Pinchonvalles à Avion, en Arrêté Préfectoral de Protection de Biotope (APPB).


L'origine des plantes pionnières.

Le terril est le révélateur de la « pluie de semences » qui marque chaque territoire : le vent, les intempéries, les oiseaux entraînent les semences au loin. Celles-ci peuvent s'exprimer si les conditions environnementales leur sont favorables.

Origine naturelle :

Le vent a effectué l'essentiel du transport (anémochorie) des graines sur les terrils. Les vents à vitesse maximale ont un rôle de première importance dans la colonisation.

Certaines espèces présentent une adaptation morphologique à la dissémination par le vent : les graines sont légères et peuvent présenter des excroissances facilitant la prise au vent, telles que des « ailes » autour de la graine (Oseille à feuilles d'écusson (Rumex scutatus), Panais cultivé (Pastanica sativa), Bouleau verruqueux (Betula pendula) ou une aigrette surmontant la grain (Tussilage, Tussilago farfara).

La zoochorie est également un moyen efficace d'implantation des espèces sur les terrils. Les animaux importent graines ou fruits sur leur pelage ou plumage ou sur leurs pattes. De plus, les terrils sont de bons repères lors des migrations d'oiseaux.

Origine artificielle :

L'homme est aussi un facteur important d'introduction d'espèces sur les terrils (anthropochorie) : le trafic ferroviaire nécessaire au transport des matières utilisées et produites par les houillères a pu être le vecteur de certains végétaux comme l'Oseille à feuilles d'écusson (Rumex scutatus).


La colonisation végétale

Quelques dizaines d'années après les derniers dépôts, le terril peut être colonisé par la végétation. Quelque plantes moins exigeantes que d'autres et plus adaptées aux conditions du terril parviennent à fixer le substrat. Ce sont les plantes pionnières. Grâce à leurs racines, à leurs stolons, à leur tige, elles s'accrochent dans les pierres encore mobiles.

C'est le cas du Tussilage(Tussilago farfara), de l'Oseille à feuilles d'écusson (Rumex scutatus), du Réséda jaune (Reseda lutea),...Elles permettent de fixer les pentes les plus instables et de freiner l'érosion. En se décomposant, elles entraînent la formation d'humus, et créent un zone favorable à l'arrivée de nouvelles espèces, plus exigeantes. La friche haute s'installe : la Carotte sauvage (Daucus carota), le Mélilot blanc (Melilotus albus), la Vipérine (Echium vulgare), le Millepertuis perforé (Hypericum perforatum), l'Onagre bisannuelle (Oenothera biennis),... font alors le bonheur des insectes pollinisateurs. Après lessivage du sol et modification des conditions nutritionnelles (magnésium, calcium, azote, ...), le stade de pelouse rase à Epervière piloselle (Hieracium pilosella) va remplacer la friche élevée et restera stable pendant très longtemps.
Le stade herbacé prendra fin avec l'arrivée des arbustes épineux, Aubépine (Crataegus monogyna), Eglantier (Rosa canina), Prunellier (Prunus spinosa),...
Viendra ensuite un développement pré-forestier avec toutes les essences régionales, telles que le Frêne (Fraxinus excelsior) , le Charme (Carpinus betulus), le Hêtre (Fagus sylvatica), le Chêne (Quercus robur),
La colonisation par le Bouleau verruqueux (Betula pendula) se fait sur les terrils les plus acides et les plus proches de milieux boisés.
Ce schéma de colonisation présente des variantes dans la combinaison des espèces de chaque stade, selon les terrils. Chaque terril est alors unique.


Les particularités du terril

La zone en combustion est caractérisée par une flore herbacée thermophile (" qui aime la chaleur "), comme dans les régions méridionales : le Pourpier potager (Portulaca oleracea), la Digitale pourpre (Digitalis purpurea).
Le terril est aussi riche en plantes médicinales, sur les versants sud : la Tanaisie (Tanacetum vulgare) élimine les vers intestinaux, l'Oseille à feuilles d'écusson (Rumex scutatus) est purgative, la Chélidoine (Chelidonium majus) soigne les verrues...


Les champignons des terrils

Les champignons sont facilement observés en automne. Deux champignons caractéristiques des zones à tendance désertique en général sont rencontrés sur le terril. Il s'agit du Pisolithe (Pisolithus tinctorius) et de l'Astrée hygrométrique (l'Astraeus hygrometricus), tous deux font partie de la sous-classe des Gastéromycetideae. Ils mycorhizent exclusivement les bouleaux.
De nombreuses autres espèces de champignons peuvent être rencontrées sur le terril comme : l'Amanite panthère (Amanita pantherina), l'Oreille de Judas (Auricularia auricula-judae), le Bolet rouge sang (Boletus rubrosanguineus) , le Clitocybe nébuleux (Clitocybe nebularis), la Lépiote en bouclier (Lepiota clyteolaria),...


La faune des terrils

Comme pour tout milieu naturel, la faune est inféodée à un type de végétation. La richesse du terril en terme d'unités écologiques va permettre à de nombreuses espèces animales d'y trouver leur habitat.

Dans les zones humides, constituées par les anciens bassins de décantation, les zones d'affaissements miniers, les suintements ou la percolation des eaux, la faune aquatique ou semi-aquatique va se développer. L'espèce pionnière est le Crapaud calamite (Bufo calamita) qui colonise la moindre flaque d'eau pour y pondre ses œufs. Dès que le terril se colonise, il quitte le milieu. De nombreuses libellules profitent des points d'eau et de la végétation pour se reproduire, trouver abri et se nourrir.

Dans les zones dénudées, à végétation pionnière, on pourra rencontrer des espèces inféodées aux pierriers, tel que le Traquet motteux (Oenanthe oenanthe) qui profite de gros blocs schisteux comme abri pour son nid.
Les zones dominées par la friche haute vont profiter à de nombreuses espèces d'insectes. Sur la Carotte sauvage (Daucus carota), vont se développer les chenilles du papillon Machaon (Papilio machaon). Une autre espèce particulièrement inféodée aux terrils est le Criquet à ailes bleues (Oedipode caerulecens), espèce très rare dans la région en dehors des terrils.
La température plus élevée profite au Lézard des murailles (Podarcis muralis) qui retrouve ses conditions optimales. Il est à sa limite nord de répartition.

Les zones les plus boisées vont accueillir les espèces les plus forestières, telles que le Pic vert (Picus viridis), ou le Pic épeiche (Dendrocopos major), le Pinson des arbres (Fringilla coelebs), les pouillots (collybita sp.).

Certains terrils présentent des falaises de schlamms et accueillent des colonies d'Hirondelle de rivage (Riparia riparia) (terril de Rieulay). Elles y ont trouvé des matériaux faciles à travailler pour y construire leurs nids.

Enfin, par leur relief, les terrils représentent de véritables points de repère dans le paysage et de ce fait des points d'arrêt pour les oiseaux en migration. C'est le cas du Merle à plastron (Turdus torquatus), de la Bondrée apivore (Pernis apivorus) ou encore du Martinet noir (Apus apus).

Aujourd'hui, les terrils sont devenus des refuges pour la faune et la flore sauvages de la région. Ils sont des « poumons verts » dans un espace souvent fortement urbanisé, ils sont dépourvus de pesticides, herbicides, ou autres substances chimiques, ils sont encore peu fréquentés et offrent des zones de quiétude.
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Ce texte a été écrit d'après nos propres observations et s'est appuyé sur des études menées par Monsieur Daniel PETIT, chercheur et professeur à l'Université des Sciences et Technologies de Lille. Merci à Henri Raimbaut.