Lens : le jardin des grands bureaux et l'oppression du prolétariat

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Les grands bureaux des mines de Lens sont aujourd'hui une antenne de l'université d'Artois. Ils abritent la faculté des sciences Jean Perrin. Le bâtiment a été construit en 1928. Il marquait la fin de la reconstruction du bassin minier, après les destructions dues à la première guerre mondiale. De style régionaliste, on peut voir des détails de type art-déco dans un batiment aux lignes très flamandes.
L'architecte Lillois Louis-Marie Cordonnier travaille alors à la gloire de la bourgeoisie française, qui veut imposer sa puissance aux yeux de tous. La bourgeoisie industrielle française, notamment celle du bassin minier, estime qu'elle a remporté une victoire en 14-18, et veut le faire savoir.

Sans doute plus encore que le batiment, les jardins sont un outil de la puissance de la bourgeoisie des mines. Le jardin des grands burfeaux a été dessiné par Achille Duchesne.


grands-bureaux-snapshot1-small.pngSurnommés les « princes des jardins » par Ernest de Ganay, Ernest et Achille DUCHENE ont réalisé des parcs où « le paysage sert de toile de fond, comme un décor de théâtre » à l’usage d’une haute société en représentation. On doit notamment à Achille Duchene la restauration des jardins de Le Nôtre à Vaulx le Vicomte.

Achille DUCHENE est un ardent défenseur du jardin régulier d’inspiration Renaissance ou Classique. Pour lui, la nature doit être dominée, taillée, coupée. Les plantes et les arbres sont plantés dans des parterres géométriques, et sont taillés en formes de boules ou de carrés. 


Le jardin s’étend sur trois hectares et il avait à l'origine un usage réservé aux administrateurs. Avant 1990, l'enceinte des grands bureaux ne possédait que deux entrées: l'entrée principale sur les jardins, au croisement des routes de Béthune et de La Bassée, et une entrée secondaire au niveau du quai de l'Impératirce, réservée au personnel.
De nos jours, le jardin est géré par la ville de Lens et fait office de jardin public. Il a été séparé de l'université par une grille. La municipalité perpétue donc cette tradition bourgeoise des jardins à la française. Les mines ont disparu, pas l'oppression capitaliste.

La volonté de domination de la nature ne sert pas qu'à "faire joli". Le but est d'imposer sa puissance aux personnes qui voient les jardins. Il ne faut pas oublier que la plupart des mineurs étaient des immigrés. La Ville de Lens, avant l'exploitation du charbon, était très peu peuplée. Les prolétaires qui se sont succédés à la mine étaient à l'origine des paysans poussés à quitter leurs campagnes par le développement du capitalisme industriel. Venant de l'Artois, de Flandres, de Pologne, d'Italie, d'Espagne, du Maroc ou d'Algérie, tous vivaient à l'origine de l'agriculture. Il s'agissait souvent d'une agriculture traditionnelle, sans machine et sans chimie. Une agriculture a faible rendement, peu performante, qui lassait donc souvent les familles sous la menace des mauvaises récoltes. Il fallait travailler beaucoup pour un résultat aléatoire : la nature dominait les paysans. La puissance de la nature est donc un élément important dans la culture des mineurs.

Les bourgeois qui possède les mines en ont évidemment conscience. C'est pourquoi le choix de réaliser des jardins "à la française" n'est pas anodin. Il s'agit de montrer que la compagnie est capable de façonner la nature selon sa volonté à des ouvriers qui ont fui une vie dans laquelle la nature les dominait. La bourgeoisie des mines sousentend donc qu'elle ne peut donc que dominer les mineurs.

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De nos jours, le jardin apparaît comme une bizarerie, à la limite de la provocation. La bourgeoisie flamboyante est partie, nous laissant ses restes. La mairie de Lens, embourbée dans la pratique social-démocrate, est incapable de comprendre qu'en entretenant ce jardin comme le voulait la bourgeoisie, elle nous rappelle, chaque fois que nous passons dans ce quartier, que nous sommes dominéEs.



Brique par brique nous démolirons les grands bureaux,
et,
avec méthode,
nous aménagerons une ville
à l'image de l'amour qu'a le prolétariat pour la nature,
une ville qui se fond dans la nature.








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