Contre l'anticapitalisme romantique - à propos du 8 octobre 2011-

Publié le par Action Antifasciste Artois: Bassin minier en force

Une manifestation nationale de différents groupes politiques est organisée à Lille le 8 Octobre. Cet événement rassemblera ceux qui se présentent comme nationalistes et anticapitalistes, regroupés derrière le mouvement « troisième voie » de Serge Ayoub. Les « clubs sociaux » de la région : vlaams huis, Opstaan, et maison de l'artois seront évidemment mis à l'honneur en tant qu'organisateurs. Cet événement se veut être un hommage patriote à Roger Salengro, « pour la défense de nos emplois, de la retraite, de nos acquis sociaux et l'avenir de nos enfants ». Par ce type d'action, ces mouvements montrent leur véritable nature fasciste.

Le capitalisme vit une crise qui est causée par les failles de ses propres fondations. Le capitalisme est condamné, car il est désorganisé. Les masses travailleuses sont de plus en plus décidées à changer de système, à « faire la révolution ». Avec le capitalisme, c'est donc la classe dominante qui est amenée à disparaître. La bourgeoisie est secouée de mouvements frénétiques, elle est prête à tout pour conserver ses privilèges, tel un noyé qui cherche à survivre. C'est dans ce contexte que le fascisme apparaît. Le précédent historique du fascisme en France, c'est les années 1930-1940.

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La référence à Roger Salengro n'est pas une idée originale de Opstaan. Il s'agit en réalité de la reprise d'une campagne de communication du Front National pour les élections européennes de 2009. Le propos du Front national est alors de mettre en avant la loi Salengro instaurant la préférence nationale pour conclure : Roger Salengro aurait voté Front National. Voici le communiqué de Marine Le Pen à l'époque :

 

                                    Le 10 aout 1932, Roger Salengro, dirigeant et député actif de la SFIO faisait adopté la « loi Salengro » instaurant « la préférence nationale ».
A l’époque, Roger Salengro considérait qu’un pays qui avait 300 000 chômeurs n’avait pas besoin de travailleurs immigrés, que les Français se devaient de protéger leur marché du travail.

Aujourd’hui où ce sont des millions de nos compatriotes qui sont au chômage, Roger Salengro défendrait sa loi de manière plus justifiée encore.

La gauche, qui porte la responsabilité d’avoir abrogé la loi Salengro, a abandonné la défense des ouvriers et des travailleurs Français au bénéfice d’une immigration de plus en plus nombreuse et qui pèse lourdement sur les finances de la Nation.

Roger Salengro, en faisant voter la loi sur la préférence nationale, ne pouvait être plus clair sur son patriotisme économique.
C’est pourquoi nous affirmons : « oui, Roger Salengro aurait pu voter Front National ».

Marine Le Pen rappelle à cette occasion qu’elle partage l’analyse de Léon Blum qui déclarait dans « Le populaire » à l’occasion du vote de la loi Salengro sur la préférence nationale :

« En temps de crise pour prévenir les conflits entre chômeurs français et travailleurs étrangers, toute immigration supplémentaire doit être suspendue. »

 

 

Le propos est simple. Le chômage est lié à une surpopulation, et non au mode de production capitaliste qui est pourtant incapable de tenir ses promesses de prospérité. Marine Le Pen, et aujourd'hui Opstaan, troisième voie & co ont la volonté de diviser la classe des travailleurEUSEs sur une base raciste. « Diviser pour mieux régner », cette technique est celle des dominants depuis des siècles. Opstaan et le FN font donc le jeu de la bourgeoisie et de son régime, le capitalisme. C'est clair.

 

D'ailleurs, même l'argument tenant à la surpopulation ne tient pas. Voilà ce que nous apprend Lénine à ce sujet (dans Pour caractériser le romantisme économique)  :

 

                                  

L'analyse scientifique de cette contradiction a montré qu'une telle façon de procéder est absolument erronée. Elle a établi que la surpopulation, qui a incontestablement le caractère d'une contradiction (de même que la surproduction et la surconsommation) et est une conséquence nécessaire de l'accumulation capitaliste, représente en même temps un élément nécessaire du mécanisme capitaliste. [Pour autant qu'on le sache, cette façon d'envisager la surpopulation a été exposée pour la première fois par Engels dans Die Lage der arbeitenden Klasse in England (1845). Après avoir décrit le cycle habituel de l'industrie anglaise, l'auteur ajoute : « Il en ressort qu'à toutes les époques, sauf dans les courtes périodes de plus grande prospérité, l'industrie anglaise a besoin d'une réserve de travailleurs sans emploi, afin de pouvoir produire les masses de marchandises que le marché réclame précisément pendant les mois où il est le plus animé. Cette réserve est plus ou moins importante selon que l'état du marché permet ou non d'en occuper une partie. Et, bien que les régions agricoles... et les secteurs moins intéressés par l'essor, puissent du moins pour un temps — lorsque la prospérité du marché est à son apogée — fournir un certain nombre d'ouvriers, ceux-ci constituent d'une part une minorité et par ailleurs font partie eux aussi de la réserve, avec cette seule différence que c'est seulement chaque fois la période d'essor économique qui prouve qu'ils en font partie. » (Friedrich ENGELS : La situation de la classe laborieuse en Angleterre, Editions sociales, Paris, 1961, p. 128.) Il importe de noter dans ces derniers mots que la population rurale provisoirement occupée dans l'industrie est considérée comme faisant partie de l'armée de réserve. C'est ce qu'une théorie plus moderne a appelé la forme latente de la surpopulation (voir Le Capital de Marx). (Note de Lénine.) [Voir Karl MARX : Le Capital, livre I, t. III, Editions sociales, Paris, 1968, p. 85.].] Plus la grande industrie se développe, et plus la demande de main-d'œuvre subit de fluctuations, en fonction des crises ou des périodes de prospérité dans l'ensemble de la production nationale ou dans chacune de ses branches. Ces fluctuations sont une loi de la production capitaliste, laquelle ne pourrait exister sans un excédent de population (c'est-à-dire une population dépassant la demande moyenne de main-d'œuvre présentée par le capitalisme), susceptible de fournir à chaque instant de la main-d'œuvre à n'importe quelle industrie ou entreprise.

L'analyse a montré qu'il y a surpopulation dans toutes les branches d'industrie où pénètre le capitalisme — et dans l'agriculture exactement comme dans l'industrie —, et que cette surpopulation existe sous différentes formes.

 

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Les communistes nous ont apporté la compréhension de la nature du chômage : le chômage est nécessaire au capitalisme. Il n'est pas une conséquence d'un dysfonctionnement du capitalisme, le chômage permet au capitalisme de se réaliser.

Mais dans le même temps, le chômage est une contradiction qui fera craquer le capitalisme et ne disparaîtra qu'avec lui. Il ne sert à rien de reprocher à telle ou telle partie de la population d'avoir un travail. Il faut voir, avec les communistes, que c'est le mode de production capitaliste qui entretient son armée de réserve composée de chômeurs. Les fascistes, eux, cherchant à brouiller les cartes, et éviter la chute des dominants, proposent « la femme au foyer » ou le « renvoi des étrangers ».

 

Avec les « socialistes », c'est-à-dire les social-démocrates, c'est la même incompréhension de l'économie, le même romantisme. De véritables frères jumeaux !

Voilà pourquoi en 1932, alors que le capitalisme français commençait à subir les conséquences de « la crise de 1929 », Roger Salengro proposait la loi du retour des travailleurs immigrés.

Cet événement a été douloureux dans le bassin minier, la communauté polonaise en a été déchirée. L'Etat et les compagnies minières marchent main dans la main dans ce projet. Ainsi, le site des amis de Méricourt relève que « de 1931 au premier semestre 1936,130 à 140000 Polonais sont "invités" à regagner leur pays. Au fond des puits les vexations sont monnaie courante. Les porions (agents de maîtrise) exercent une pression quotidienne sur les travailleurs. L'ambiance délétère aiguise les rancœurs. Dans les corons, la peur de l'expulsion est constante.

Le 31 octobre 1931, dans une délibération du Conseil municipal de Méricourt, le Maire expose « (...)Que les services de la Mairie et les gardes procèdent en se moment au recensement de la population étrangère(...)Les premiers résultats montrent que cette population étrangère est en nette diminution(...). »

 

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Nous autres antifascistes de l'action antifasciste artois, nous rejetons l'anticapitalisme romantique qui est l'essence des fascistes et des soce-dem. Nous travaillons à la création d'un front populaire antifasciste par la base, en rejetant toute participation à des événements factices décidés par des cadres de la social-démocratie.

 

Pour remporter un succès dans la lutte contre l'offensive du Capital et du fascisme :

  • préservons-nous des romantismes fasciste et social-démocrate,

  • ne confondons pas les manif syndicales unitaires avec l'unité du prolétariat,

  • bâtissons un front populaire antifasciste, par la base. Développons les groupes antifa autonomes et organisons nos propres actions d'agitation et de propagande antifascistes!

 

AAArtois,

Septembre 2011.

Publié dans Antifascisme

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